06 septembre 2012

Gala (menu de)

Je reprends la lecture des "Choses vues" par Victor Hugo, en 1871, qui a faim, -c'est le Siège de Paris par les prussiens-, et mange un beefsteack d'éléphant, sans dire s'il s'agit de Castor ou de Pollux, ni de quel côté du Pont des Arts il se trouve :
 "6 janvier 1871 -Les parisiens vont, par curiosité, voir les quartiers bombardés. On va aux bombes comme on irait au feu d'artifice. Il faut des gardes nationaux pour maintenir la foule. Les prussiens tirent sur les hôpitaux. Ils bombardent le Val-de-Grâce. Leurs obus ont mis le feu cette nuit aux baraquements du Luxembourg pleins de soldats blessés et malades, qu'il a fallu transporter, nus et enveloppés comme on a pu, à la Charité. Barbieux les y a vus arriver vers une heure du matin. Seize rues ont déjà été atteintes par les obus.

7 janvier 1871. — La rue des Feuillantines percée là où fut le jardin de mon enfance est fort bombardée. Ma blanchisseuse, n'ayant plus de quoi faire du feu et obligée de refuser le linge à blanchir, a fait à M. Clemenceau, maire du IXeme arrondissement, une demande de charbon, en payant, que j'ai apostillée ainsi : "Je me résigne à tout pour la défense de Paris, à mourir de faim et de froid, et même à ne pas changer de chemise. Pourtant je recommande ma blanchisseuse à M. le maire du IXeme arrondissement." — Et j'ai signé. Le maire a accordé le charbon.

8 janvier 1871 -On mangeait du pain bis, on mange du pain noir. Le même pour tous. C'est bien. Les nouvelles d'hier ont été apportées par deux pigeons. Une bombe a tué cinq enfants dans une école rue de Vaugirard. Les représentations et les lectures des "Châtiments" ont dû cesser, les théâtres n'ayant plus de gaz pour l'éclairage et de charbon pour le chauffage.(…)Le bombardement a été furieux aujourd'hui. Un obus a troué la chapelle de la Vierge à Saint-Sulpice où ma mère a été enterrée et où j'ai été marié.

10 janvier 1871 — Bombes sur l'Odéon. Envoi d'un éclat d'obus par Chifflard.  Cet obus, tombé à Auteuil, est marqué H. Je m'en ferai un encrier.

12 janvier 1871 — Le pavillon de Rohan me demande, à partir d'aujourd'hui, 8 francs par tête pour le dîner, ce qui avec le vin, le café, le feu, etc., porte le dîner à 13 francs par personne. Nous avons mangé ce matin un beefsteak d'éléphant. Ont dîné avec nous Schœlcher, Rochefort, Blum, et tous nos convives ordinaires du jeudi. Nous étions encore treize. Après le dîner, Louis Blanc, Paul Foucher, Pelletan.

I1 janvier 1871. — Un œuf coûte 2 fr. 75. La viande d'éléphant coûte 40 francs la livre. Un sac d'oignons 800 francs. La Société des gens de lettres m'a demandé d'assister à la remise des canons à l'Hôtel de Ville. Je me suis excusé. Je n'irai pas.(...)"

Le 25 décembre 1870 c'était Noël et le siège emais c'est un menu de gala qui est servi au café Voisin (Paris): de l'âne, de l'ours, du kangourou, du chameau, du consommé d'éléphant et du rat, tout droit venus du Jardin des Plantes, sauf le rat attrapé au Pont des Arts, et arrosés de Mouton Rothschild 1846 et de Romanée Conti 1858.
J'ai quitté le Pont des Arts car à mon tour j'avais faim, pour rejoindre le MCDonald de la rue de Rivoli.