10 octobre 2012

Joconde (vol de la)

Sortant du Pont des Arts, j'achète les journaux.
Ce matin du 23 août 1911, la Joconde fait la une du Petit Parisien.
"Le célèbre tableau de Léonard de Vinci, La "Joconde " a disparu du Musée du Louvre. (...)On retrouva, presque tout de suite, le cadre de la Joconde. Ce cadre est une œuvre italienne en bois doré et sculpté, de fort belle allure et qui vaut une somme considérable. C'est un don que la comtesse de Béarn fit au musée et qui encadrait merveilleusement le chef-d'œuvre de Léonard de Vinci, car il est de la même époque. Ce cadre fut découvert avec sa glace, dans le petit escalier qui conduit à la cour Visconti.  La Joconde, comme d4ailleurs la plupart des œuvres des grands maîtres italiens du seizième siècle, est peinte sur un panneau de bois très épais, très dur, coriséquemmenl très lourd, et qui a été consolidé, c’est à dire mis à l'épreuve de tout accident par un « parquetage » particulièrement soigné. Ce n'est donc pas une petite affaire que de manier un .semblable poids. Le panneau, à lui seul, mesure 0 rn 77 sur 0 m.53 Le cadre a environ trente centimètres de large. ce qui, au total cadre et panneau donne une hauteur de 1 m. 40 environ sur 1 m 15. Comment a-t-on pu enlever ce cadre Il y avait dans le musée, lundi matin, des gardiens, des copistes, des photographes ces derniers, très nombreux des cireurs de parquet, des ouvriers trois cents per- sonnes au total. peut-être plus, peut-être moins. Mais ces personnes nous sont connues on n'entre pas au Louvre, en dehors des veilles sans justifier de sa qualité, de son identité. Comment ce vol a-t-il pu être commis ? Parce que nous n’avons pas assez de gardien; Nous disposons, pour tout le Louvre, de 120 à 130 hommes. Mais les congés réguliers, la maladie. les obligations militaires réduisant fréquemment ce nombre d'un bon tiers. Actuellement, le gardien qui veille sur la galerie d'Apollon assure également la surveillance du grand Salon carré. C'est notoirement insuffisant. Mais vos soupçons ne se portent-ils sur personne ? Vous me posez la une question très délicate, monsieur. Ou nous nous trouvons en présence d'un vol, ou ce vol est simulé et. n'est qu'une fumisterie qui, d'ail- leurs, pourrait couter cher à son auteur. Si c’est un vol, l'Acte est imbécile. La Jocondc est une œuvre inégalable, que le monde entier connait, autour de laquelle, récemment, on a fait beaucoup de bruit. Il est donc impossible de la vendre. Ou c'est une fumisterie (et l'auteur de ce tour pendable ne tardera pas, dans ce cas, à se faire connaître) par laquelle on a voulu prouver que le Louvre était rnal gardé et que l'on pouvait voler un chef-d'œuvre à la barbe de ceux qui sont ̃chargés de veiller sur lui. Ou bien encore c'est l'œuvre d'un fou assoiffé de réclame."

J'avais peur qu'on me soupçonne. Mon alibi du Pont des Arts ne tiendrait pas longtemps.